Si nous savions de quoi demain sera fait …
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Je ne parle pas de l’avenir éternel que nous connaissons, nous qui possédons l’espérance vivante d’être avec le Seigneur pour l’éternité. Je parle de notre avenir sur la terre. Si je savais, par exemple, que plus tard je serai victime d’une grave maladie qui me ferait souffrir, comment réagirais-je ? Nul doute que je serais inquiet et que je ferais tout pour être épargné de ces souffrances ou tout au moins pour pouvoir les supporter. Dans sa grâce, le Seigneur nous épargne de connaître les détails de notre avenir sur la terre.
Par contre, dès le commencement, Jésus savait ce qui lui arriverait : « Car Jésus savait, dès le commencement, […] qui était celui qui le livrerait. » (Jean 6 v.64)
Sachant ce qui lui arrivera, « il dresse sa face résolument pour aller à Jérusalem » (Luc 9 v.51). Jérusalem, la ville qui tue les prophètes...
Il répond aux pharisiens venu l’avertir qu’Hérode voulait le tuer :
« Allez dire à ce renard : Voici, je chasse des démons et j'opère des guérisons aujourd'hui et demain ; et le troisième jour, tout sera accompli pour moi. Mais il faut que je marche aujourd'hui et demain et le jour suivant, car il est impossible qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés… » (Luc 13 v.34)
Sachant ce qui lui arrivera, il ne s’occupe pas des menaces ni des dangers, il va résolument vers le lieu de son supplice. Il sait qu’il va payer l’immense prix de nos nombreux péchés, mais rien ne l’arrête. Son amour pour nous est plus fort que la mort. « Jésus, sachant que son heure était venue pour passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême. » (Jean 13 v.1)
Voyons-le dans le jardin de Gethsémané. Son angoisse était telle que sa sueur devint comme des caillots de sang tombant par terre (Luc 22 v.44)
Durant toute sa vie – pas seulement le jour de sa crucifixion – il a été l’homme de douleur, sachant ce que c’est que la souffrance (Esaïe 53 v.3)
Mais sur la croix où il fut cloué par des mains iniques, ses souffrances expiatoires furent telles que, de midi à quinze heures, il y eut des ténèbres sur tout le pays. Le ciel fut fermé et Jésus souffrit de la part du Dieu juste et saint, courroucé contre le péché. A ces indicibles souffrances physiques et morales dues à la haine de sa créature, s'ajoutèrent les souffrances infiniment plus grandes et douloureuses quand il porta nos péchés pour en subir le châtiment divin qui devait être le nôtre pendant l'éternité.
Suprême amour, grâce infinie !
Nous te voyons, Homme divin,
De l'humble crèche à l'agonie
Suivre ton douloureux chemin.
Étranger, haï sur la terre,
Et des tiens même abandonné,
Tu pris enfin la coupe amère
Au jardin de Gethsémané.
Et tu portas, sainte Victime,
Aux heures sombres de la croix,
Le jugement de notre crime,
Du courroux divin tout le poids.
Ô Seigneur ! nous te rendons gloire.
À jamais, dans un saint transport,
Nos cæurs chanteront ta victoire,
Ton amour vainqueur de la mort.
Adrien Ladrierre (19ème siècle)
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